La plateforme pétrolière deepwater de BP en train de bruler

La pétrole en territoire négatif

Vous avez peut-être vu passer la nouvelle : le 20 avril 2020 « Le baril de pétrole américain entre en territoire négatif » ! Comment un bien de consommation peut-il ne pas avoir de valeur et même une valeur négative ? Est-ce que cela signifie que l’on vous donne de l’argent pour acheter du pétrole ? En quelques sorte oui, mais dans des conditions bien particulières.

Autant vous le dire tout de suite, vous n’allez pas gagner de l’argent en allant faire le plein. Nos explications dans cet article.

Le baril de pétrol brut en territoire négatif, du jamais vu

Pour commencer, c’est le prix du baril de pétrole brut dont le prix est passé en territoire négatif. C’est-à-dire le pétrole non raffiné, qui est échangé entre les producteurs et les raffineurs. Donc pas encore celui de la pompe. Pour votre information, personne ne consomme de pétrole brut, il faut d’abord le raffiner ou le transformer avant de pouvoir l’utiliser.

Ensuite il existe différentes cotations de pétrole brut dans le monde dont voici les principales :

  • Le Brent coté à Londres, pétrole produit en Mer du Nord, qui est une référence pour la majorité des échanges mondiaux
  • Le WTI : pétrole américain coté à New-York qui sert de référence au marché nord américain. C’est ce contrat sur le pétrole qui est brièvement passé en territoire négatif
  • Le Dubaï Light : panier de différents pétroles bruts produit à Dubaï, Oman ou Abu Dhabi.

Ces cotations correspondent à des qualités et des lieux de stockage des pétroles bruts différents. Cependant elles servent de référence pour les échanges mondiaux.

graphique cours du pétrole
Graphique du Pétrole WTI.
Source TradingView

Mais ce ne sont pas toutes les cotations du WTI qui sont passées sous le 0 dollar. En effet la cotation du brut américain se décline en plusieurs contrats appelé « futures » ou contrats à terme (traduction française).

Le marché des matières premières et les contrats à terme

Les contrats à terme ont été créé en 1848 à Chicago aux Etats-Unis sur des produits agricoles. Le but d’un contrat à terme est de donner une valeur à un actif qui sera livré plus tard. On parle d’échéance. On peut ainsi échanger des contrats à terme (achat/vente) pour une livraison réelle dans 3, 6 ou 9 mois… La transaction financière se fait en revanche le jour de l’achat ou de la vente. Prenons l’exemple d’un raffineur qui achète le 15 janvier 2020 un contrat de WTI sur l’échéance mai à 58 $. A l’échéance de son contrat (3 ou 4 jour avant le 25 du mois précédant l’échéance) a lieu la livraison physique et réelle de son baril de pétrole. (Jusque là, l’achat de son baril n’était matérialisé que par la transaction financière réalisé le 15 janvier). La livraison de son baril à lieu sur un site de stockage et c’est de la responsabilité de l’acheteur de s’assurer qu’il a bien des capacités de stockage. 

Entre la date d’achat et l’échéance de son contrat, le raffineur a la possibilité de revendre son baril, le libérant ainsi de la livraison physique de son baril. L’écart de courts entre le prix d’achat et de vente est à sa charge…

L’effet Covid-19 sur les stocks de brut

Revenons à notre cas du 20 avril 2020. Avec la période de confinement la consommation mondiale de pétrole a fortement chuté et les stocks ont augmenté jusqu’à arriver à saturation dans certains cas. C’est ce qui est arrivé aux Etats-Unis. Un certain nombre d’acteurs ont cherché à revendre leur contrat à terme sur l’échéance mai 2020, faute de capacité de stockage. Allant même jusqu’à payer pour éviter la livraison. Donc oui, certain acteurs ont été payés pour acheter du pétrole brut… Mais cela ne concerne que quelques acteurs. Les autres échéances du contrat WTI (juin, juillet, août..) sont restées positives et les autres cotations dans le monde également.

Cependant même si ces transactions négatives restent très faibles à l’échelle mondiale, elles mettent en avant une situation inédite : l’économie mondiale connaît un ralentissement jamais vu auparavant. La baisse de consommation de pétrole traduit une diminution (voir un arrêt total dans certain cas) des échanges commerciaux : on ne transporte plus de marchandise (donc on ne vend plus) d’un pays à l’autre.

La baisse du pétrole est-elle une bonne nouvelle ?

Voyons midi à notre porte, le pétrole en territoire négatif est-ce une bonne nouvelle? Forcément cela va dépendre pour quelles personnes et quels acteurs… Pour nous consommateur français ou européen oui, à court voir moyen terme du moins. Le prix de l’essence à la pompe est au plus bas et les biens de consommation sont déchargés d’une partie du coût de transport. Pour certaines de nos entreprises (secteur aérien, le transport etc) aussi : le coût de l’énergie est plus faible favorisant ainsi de meilleures marges.

Pour qui la baisse du pétrole pose problème?

La situation est compliquée pour les pays producteurs qui vivent essentiellement grâce aux revenus du pétrole. Or ces pays sont des clients potentiels de certaines de nos entreprises… De la même façon la situation actuelle pourrait impacter durablement les entreprises pétrolières et parapétrolières qui dépendent directement des cours du pétrole telles que les sociétés Total, CGG ou Vallourec.

Avec des prix aussi bas les entreprises pétrolières ne peuvent plus rentabiliser leurs investissements et stoppent le développement de nouveaux programmes. C’est particulièrement le cas pour les très coûteux programmes d’exploration pétrolière offshore (plateformes pétrolières en mer).  

A grande échelle, un pétrole trop bon marché, comme un pétrole très cher, n’est peut-être pas bénéfique. Certains pays peuvent être durement touchés et avoir du mal à s’en remettre surtout si la situation dure, et par ricochet, pénaliser d’autres économies. De plus un pays touché par une crise économique de grande ampleur favorise l’émergence de tensions sociales, de guerres civiles et reste un terrain propice au développement du terrorisme.

Par ailleurs, le pétrole peu coûteux ne favorise pas l’investissement dans le développement d’énergies durables dont nous avons fort besoin.

Le mouvement de repli des matières premières n’est pas limité au pétrole et touche toutes les catégories excepté l’or qui est vu comme la valeur refuge par excellence à l’heure actuelle.

Investir dans l’or

Si vous voulez aller plus loin, nous vous conseillons l’excellente vidéo de Xavier Fenaux pour Interactiv Trading ci-dessous

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